SU.VI.MAX : une capsule au service des fruits et légumes

13/09/2003
Article

SU.VI.MAX, c’est la plus grande aventure nutritionnelle jamais réalisée en Europe. Conduite en France sous la direction du Dr Serge Hercberg (Institut Scientifique et Technique de la Nutrition et de l’Alimentation et Unité de Surveillance et d’Epidémiologie Nutritionnelle, Paris), cet essai randomisé en double aveugle portait sur plus de 13 000 femmes et hommes adultes supposés en bonne santé et constituant un échantillon représentatif de la population. L’objectif était d’établir la nature causale du lien entre un apport bas de nutriments antioxydants et le risque de cancer ou de cardiopathies ischémiques. Un point qui distingue cette étude de bien d’autres menées avec des antioxydants est d’administrer des doses nutritionnelles, c’est-à-dire accessibles par voie alimentaire (même si en pratique, c’est plus facile à dire qu’à faire !).

Pendant près de 8 ans, les " Suvimaxiens " ont ingéré soit une combinaison de 5 antioxydants synergiques, soit un placebo. Au total près de 30 millions de pilules ont été avalées. Un bilan complet de chaque Suvimaxien a été réalisé tous les deux ans, à l’aide de deux unités mobiles ayant parcouru près de 3 fois le tour de la terre. Plus de 180 000 tubes de sang ont été prélevés et l’ensemble des données recueillies correspondent au contenu de 40 000 livres de poche !

Le bêta-carotène, marqueur de fraîcheur

Les résultats, dévoilés récemment *, montrent que les deux principales affections chroniques qui grignotent le plus l’espérance de vie, à savoir le cancer et les maladies cardiovasculaires, sont influencées par les niveaux initiaux de bêta-carotène chez l’homme : dans le groupe placebo, plus le taux sanguin de cet antioxydant est bas, plus le risque de ces deux affections augmente, ce qui a déjà été largement documenté par de précédents travaux. Toutefois, rien de tel n’est observé chez la femme, ce qui s’explique probablement par le fait que celle-ci présente, à l’inclusion, des taux sanguins significativement plus élevés que ceux de l’homme. Cette différence découle vraisemblablement de leur apport plus élevé en fruits et en légumes : en effet, les niveaux sanguins de bêta-carotène sont corrélés positivement avec la consommation de fruits et de légumes (r = 0,20 ; p<0,001).

Moins de cancers chez l’homme

Aucun effet des antioxydants n’est retrouvé sur la survenue des cardiopathies ischémiques, ce qui va dans le même sens que les résultats de plusieurs autres essais randomisés récents. Par contre, le risque de développer un cancer (tous sites confondus) a été réduit chez les hommes de 31 % dans le groupe antioxydants (RR = 0,69, IC 95 % = 0,53-0,91 ; p<0,008). Ici aussi, aucun effet protecteur n’apparaît chez les femmes, ce qui est attribué à un meilleur statut en antioxydant à l’inclusion (bêta-carotène et vitamine C). Le risque de décès est lui aussi favorablement influencé par le supplément : il est réduit de 37 % chez les hommes dans le groupe antioxydants (RR = 0,63 ; IC 95 % = 0,42-0,93 ; p<0,02).

Y croire avant tout

Les investigateurs ont également apprécié, via des outils validés, l’impact de la supplémentation sur le bien-être et le fonctionnement physique, mental et social. Résultats : aucune différence significative n’apparaît entre les deux groupes. Par contre, les sujets qui pensaient être dans le groupe placebo ont une qualité de vie nettement inférieure à ceux qui pensaient être dans le groupe intervention, et cela dans les deux groupes. Un bel exemple d’effet placebo.

Des fruits et des légumes…

SU.VI.MAX est donc, au niveau mondial, le premier essai randomisé à démontrer qu’un apport adéquat en vitamines et minéraux antioxydants peut réduire l’incidence des cancers et la mortalité dans une population occidentale. Pour Jean Nève, professeur à l’ULB et Membre du Comité scientifique et du Comité de surveillance de l’étude SUVIMAX, l’efficacité observée est sûrement en dessous de ce qui pourrait être réellement obtenu par une consommation adéquate en antioxydants ayant débuté précocement et réalisée sur une plus longue période. Il précise aussi que les Suvimaxiens constituent une population déjà relativement privilégiée au niveau de leur statut nutritionnel, ce qui pourrait minimiser les effets inhérents à la supplémentation. Le Dr Hercberg insiste fortement sur les enseignements de cette étude, qui constitue un plaidoyer en faveur de recommandations nutritionnelles, en particulier pour l’apport en fruits et en légumes.

Formule testée dans SU.VI.MAX
Équivalences alimentaires
Bêta-carotène 6 mg 60 g de carottes râpées ou 150 g de mâche ou d’épinards ou 400 g d’abricots ou 350 g de melon ou 300 g de choux ou 250 g de haricots verts
Vitamine C : 120 mg 120 mg 2 kiwis ou 2 oranges ou 100 g de poivrons ou 200 g de choux
Vitamine E : 30 mg * 6 c-à-s d’huile de tournesol
Sélénium : 100 mcg 300 g de pain complet
Zinc : 20 mg 150 g de pain + 1 steak + 200 g de riz cuit

* Un tel apport est difficilement atteignable par le biais d'une alimentation équilibrée. Toutefois, au vu des résultats récents de plusieurs travaux, cette quantité de vitamine E ne constitue plus un objectif aussi prometteur

… aux suppléments

Les interprétations des résultats de SU.VI.MAX ne font pas toujours l’objet des mêmes échos. Ainsi, pour le Dr Jean-Paul Curtnay (Président de la société de médecine nutritionnelle, Paris), c’est bien à la combinaison des 5 antioxydants administrés que l’on doit les résultats de SUVIMAX et pour lui, une alimentation même optimisée n’est pas à même d’apporter une protection optimale. Si personne ne conteste l’intérêt d’une alimentation riche en fruits et en légumes – dont le potentiel protecteur est encore accru par la présence d’autres composés tels que fibres, caroténoïdes variés, flavonoïdes…) - , il faut bien reconnaître que ce n’est pas sur cette catégorie d’aliments qu’il faut compter pour majorer sensiblement l’apport en vitamine E, en sélénium et en zinc.

La force du sexe faible

Le fait que seuls les hommes suvimaxiens bénéficient d’une protection est attribué à leur statut nutritionnel moins bon que celui de la femme, comme en témoignent les taux sériques de bêta-carotène et de vitamine C plus élevés dans le sexe faible au début de l’étude. Notons encore que les hommes qui ont pris le complément d’antioxydants affichent, après 7 ans, des concentrations sanguines de bêta-carotène proches de celles des femmes à l’inclusion, c’est-à-dire avant le début de la supplémentation. Le modèle alimentaire des femmes comporte une part relative plus élevée pour l’apport en fruits et en légumes. Bref, en matière d’apports alimentaires comme dans bien d’autres domaines, la femme est certainement le modèle à suivre pour l’homme...

Nicolas Guggenbühl
Diététicien Nutritionniste

* A l’occasion de la journée de clôture de SU.VI.MAX, le 21 juin à Paris.




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