Constipation, diarrhée, quelle(s) issue(s) de secours ?

13/10/2002
Article

La constipation et la diarrhée concernent le plus grand nombre. Il est néanmoins possible de se prémunir efficacement contre ces maladies ou, au contraire, de les soigner en… accordant un tant soi peu d’attention à ce que l’on met dans son assiette !

Où chercher l’inspiration ?

La constipation touche en Belgique entre 1 à 2 millions personnes, soit 10 à 20 % de la population… Il est regrettable qu’autant d’individus apprennent à vivre avec un mal qui est si facile à combattre par soi-même, autrement que par l’usage et l’accoutumance des purgatifs.

Une faible consommation de fibres alimentaires, le manque d’activité physique et une hydratation insuffisante peuvent facilement rendre un intestin paresseux et, fatalement, irritable… Les fibres alimentaires exercent une action bénéfique sur le transit intestinal qu’elles accélèrent. Les fibres les plus promptes à réagir sont sans aucun doute les fibres insolubles, abondantes dans les céréales (pain, pâtes, riz,…) complètes ou enrichies en son. Grâce à leur importante propriété d’hydratation (à condition de boire suffisamment), elles augmentent l’encombrement dans l’intestin et la masse des fèces, qui franchissent plus aisément le canal intestinal.

La constipation ne dispense cependant pas de manger quotidiennement 2 à 3 portions de fruits et de légumes. Les fibres solubles fermentescibles qu’ils contiennent jouent aussi un rôle dans l’accélération du transit intestinal en accroissant la masse bactérienne, une action qui est renforcée par la production d’acides gras volatils qui réveillent la motricité digestive.

Tableau 1 
Symptômes perçus avant l’étude et à la 2ème semaine d’intervention (2)
 
Avant l’étude
A la 2ème semaine
Variable
Probiotique
Placebo
Probiotique
Placebo
Constipation (% volontaires)
80 %
78 %
37 % *
82 %
Fréquence des selles (n/sem)
4
4
6 *
4
Selles dures (% v)
98
95
48 *
80

Stimulation par les probiotiques

L’ingestion régulière de certains micro-organismes vivants d’origine lactique (les probiotiques) permet aussi de lutter contre le syndrome de la page blanche… Ainsi, deux études récentes, réalisées avec des produits de consommation courante (yaourt Bio de Danone (1) et Yakult (2)) suggèrent un impact positif sur le problème.

Trente-six femmes en bonne santé ont ainsi consommé soit un yaourt Bio de Danone de 125 g (qui contient la souche Bifidobacterium animalis DN-173 010), soit un yaourt placebo pendant 4 périodes consécutives de 10 jours : une période de stabilisation et deux périodes de consommation (une avec le yaourt Bio, l’autre avec le placebo) entrecoupées par un intervalle de 10 jours. Le temps de transit colique était estimé grâce au suivi d’un marqueur visible à la radiographie, ingéré en même temps que les laitages. La consommation du yaourt Bio a généré un temps de transit total et sigmoïde significativement plus court que lors de la prise de yaourt « ordinaire ». Ceci signifie que la fonction motrice du côlon est spécifiquement influencée par la souche B. animalis DN-173 010…

Dans la seconde étude, une équipe allemande a évalué l’impact du Lactobacillus casei Shirota (Yakult) sur 70 hommes et femmes âgés de 18 à 70 ans souffrant de constipation chronique. Ceux-ci ont consommé chaque jour, en double aveugle, le probiotique (65 ml) ou un placebo, pendant 4 semaines. Ce simple geste a entraîné rapidement une amélioration subjective de la constipation chronique chez 89 % des volontaires dans le groupe probiotique, mais pas dans le groupe placebo (tableau 1).

Les probiotiques peuvent aussi agir en cas de diarrhée. Les résultats collectés par deux méta-analyses récentes (3, 4) suggèrent que certains probiotiques, en particulier les Lactobacilles et le Saccharomyces boulardii, sont efficaces pour empêcher les diarrhées consécutives à la prise d’antibiotiques chez l’adulte, ainsi que pour la prévention et le traitement de diarrhées infectieuses (rotavirus, essentiellement) chez l’enfant.

Le bonheur est dans le pré-biotique

La démarche probiotique consistait à introduire dans l’alimentation un nombre suffisant de bactéries qui, en arrivant dans l’intestin, exercent leur action bénéfique. Elle va cependant de pair avec un certain nombre de limitations dont la plus importante est assurément une survie suffisante dans les aliments destinés à être consommés et après la traversée du tractus gastro-intestinal supérieur.

Le concept de prébiotique est différent : un ingrédient alimentaire non digestible est fermenté dans le côlon de manière à stimuler sélectivement la croissance de « bonnes » bactéries.

De ces composés, on retrouve essentiellement dans notre assiette l’inuline extraite de la chicorée ou présente naturellement dans certains végétaux (oignon, banane, artichaut, ail, salsifis…) ainsi que son dérivé, l’oligofructose, à l’origine de l’enrichissement en fibres de nombreux aliments (yaourt, lait, pain, sucre, chocolat, etc.) arborant le logo Beneo. Ces « aliments coliques » ont montré, à travers plusieurs études chez l’adulte ou la personne âgée souffrant de constipation, qu’ils pouvaient augmenter significativement à la fois le volume, la consistance et la fréquence des selles, à raison d’une absorption journalière de 15 à 20 g.

L’effet bifidogène de ces fructo-oligosaccharides pourrait, en sus, former une barrière protectrice contre les agents pathogènes à l’origine de diarrhées infectieuses. Les prébiotiques constituent donc une alternative valable aux laitages, systématiquement évincés en cas de diarrhée…

Intolérance au lactose, entre subjectivité et adaptation

En cas de diarrhée, le réflexe du praticien est, malgré lui, souvent d’interdire la consommation de produits laitiers. Cette décision extrême, même provisoire, peut se révéler dramatique si le patient se met à rejeter par la suite définitivement les laitages.

Elle ne se justifie en tous cas pas toujours. Au cours du Congrès Mondial du Lait, à Paris(5), le Prof Philippe Marteau, gastro-entérologue (Hôpital Européen Georges Pompidou, Paris), a ainsi rappelé que si une grande majorité d’adultes se croit intolérante au lactose, seule la moitié d’entre eux l’est réellement. Quand bien même, dans les faits, certains hypolactasiques supportent jusqu’à 50 g de lactose, alors que d’autres sont intolérants pour 3 g. La plupart peuvent tolérer 12 g de lactose (250 ml de lait) sans troubles particuliers. Chaque sujet, explique le Prof Marteau, peut déterminer sa dose maximale de tolérance et, en l’occurrence, s’y adapter.

Elle ne se justifie pas non plus pour tous les produits laitiers. Ainsi, dans le cas de yaourts et autres probiotiques, la digestion du lactose est assurée en partie par les enzymes des bactéries lactiques qui transitent dans le tube digestif (6).

En cas de transit intestinal perturbé, il existe donc à l’heure actuelle suffisamment de solutions alimentaires pour ne pas risquer de s’enfermer dans le cercle vicieux de l’emploi systématique des antibiotiques ou des laxatifs…

Nicolas Rousseau 
Diététicien Nutritionniste

Réf. 
(1) Marteau P et al. Aliment Pharmacol Ther 2002 ; 16 : 587-593 
(2) Koebnick C et al. Ernährungs-Umschau 2001 ; 10 : 392-396 
(3) D’Souza A et al. BMJ 2002 ; 324 : 1361-1366 
(4) Van Niel C et al. Pediatrics 2002; 109(4): 678-684 
(5) Congrilait – Palais des Congrès – Paris – 25 au 27 septembre 2002 
(6) Drouault S et al. Appl Environ Microbiol 2002 ; 68 (2) : 938-941




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