Anticholestérol : exotique, naturel, mais inefficace

10/08/2003
Article

Connaissez-vous les guggulipides ? C'est le nom donné à la résine extraite d'un petit arbre épineux (Comniphora mukul ou guggul) qui pousse dans le Nord de l'inde et dont l'utilisation en médecine remonte à 600 ans avant J-C. La demande croissante en matière de remèdes à base de plantes utilisés dans diverses médecines " naturelles " explique qu'aux seuls Etats-Unis, la vente au détail de guggulipides a connu, en 2002, une augmentation de 72 %, représentant un marché de quelque 1,3 million de dollars. 

Outre leur statut de vénérable remède végétal, les guggulipides ont encore pour arme séductrice une belle liste de revendications. Ils étaient utilisés autrefois en Asie pour bien des maux, que ce soit pour la santé du cœur, mais aussi pour soigner des maladies de la peau, des problèmes digestifs et même l'obésité ! Actuellement, ils sont présentés essentiellement comme un agent hypocholestérolémiant.

Lueur d'espoir

Il existe bien quelques études censées apporter la preuve de l'effet hypocholestérolémiant, mais sur les neuf études humaines publiées, il n'y en a que cinq qui ont utilisé des extraits standardisés et parmi elles, seules deux ont fait l'objet d'une randomisation et une seule comprenait un groupe placebo. Les guggulipides diminueraient le cholestérol total de 11 %, le LDL de 12 % et les triglycérides de 15 %. 

Récemment, des chercheurs américains ont montré que certaines guggulstérones – les molécules pressenties comme les principes actifs des guggulipides – sont capables d'exercer des effets antagonistes sur certains récepteurs hormonaux nucléaires impliqués dans la régulation des acides biliaires et dans le métabolisme du cholestérol, ce qui jetait les bases d'un mécanisme hypocholestérolémiant. Mais à ce jour, aucune étude concernant la sécurité et l'efficacité de cet extrait n'a été entreprise dans une population occidentale, ce qui a motivé une équipe de l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie, pour combler cette lacune.

Double dose

Dans cette étude menée en double-aveugle, 103 adultes sains présentant une hyperlipémie ont été répartis de façon aléatoire en trois groupes : le premier prenait une dose standard de guggulipides (1000 mg/jour) répartie en trois prises, le second faisait de même, mais avec 2000 mg par jour, le troisième recevait un placebo. 

Après huit semaines, les résultats sont loin d'être superposables aux chiffres avancés jusque-là : le taux de cholestérol HDL du groupe contrôle à accusé une légère diminution (5 %). Par contre, tant la dose standard que la dose élevée de guggulipides entraînait une légère, mais néanmoins significative… hausse du LDL : respectivement 4 % (P = 0,01 vs placebo) et 5 % (P = 0,006 vs placebo). Par rapport au groupe contrôle, le taux de LDL des deux groupes traités accusait une différence nette de 9 % et 10 %. Aucun effet du traitement n'est apparu sur les taux de HDL, de triglycériques ou de VLDL. 

Du côté de la sécurité d'emploi, les auteurs rapportent que la tolérance était généralement bonne. Toutefois, six participants ont présenté une réaction dermatologique d'hypersensibilité. Bref, à la lumière de cette nouvelle étude, les guggulipides sont loin de faire l'unanimité et risquent de faire plus de tort que de bien à celui qui les utilise avec l'espoir de contrôler " naturellement " son taux de cholestérol.

Nicolas Guggenbühl

Réf. : Szapary PO et al. Guggulipids for the treatment of hypercholesterolemia. A randomized controlled trial. JAMA 2003;290:765-772.




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