Une complication souvent négligée du diabète

24/11/2012
Article

Les atteintes buccales sont liées au diabète. Mais il est possible aussi pour le patient diabétique de se protéger contre ces affections en ayant une hygiène buccale rigoureuse, en se faisant traiter par un parondontologue en cas d’atteinte et aussi … en traitant convenablement son diabète

Lorsqu’on parle diabète, on envisage la maladie elle-même et ses complications. Il y a les complications macrovasculaires (artériopathie oblitérante, AVC et infarctus) et microvasculaires (rétinopathie, neuropathie et néphropathie) mais on pense beaucoup moins souvent aux infections et à leurs conséquences. De là à citer parmi les infections les gingivites, la distance est grande. Pourtant, le patient diabétique peut souffrir d’affections buccales liées à son diabète. Les gingivites ou inflammations des gencives, sont plus fréquentes en effet chez les personnes diabétiques que chez les autres. La forme la plus sévère de gingivite est la périodontite. Lorsqu’on en est à ce stade, des poches se forment entre les dents et les gencives et se remplissent de pus. Si rien n’est fait, des dents peuvent être perdues. Une hygiène buccale rigoureuse est donc indispensable pour éviter ou pour freiner ce phénomène. Une intervention chirurgicale sur les gencives est parfois nécessaire pour reconstruire les gencives et tenter de sauver les dents menacées. Dans certains cas, un traitement au laser semble bénéfique également.

A double sens

Des recherches récentes ont modifié les conceptions en matière de relation entre gingivite et diabète. On a longtemps cru que c’était le diabète qui était responsable de l’atteinte buccale et pas l’inverse. Cela s’explique notamment par la diminution de la résistance à l’infection en cas de diabète, alors que la bouche est un milieu très riche en bactéries. Mais aujourd’hui, on considère que cette relation est à double sens. Certes, les patients diabétiques sont plus à risque de gingivite que les personnes non diabétiques mais une gingivite grave peut modifier la capacité de l’organisme à contrôler le glucose sanguin et favoriser ainsi la progression vers un diabète franc. Mais la relation n’est peut-être pas si simple que cela. Ainsi, Bajajet al. (Inde) ont comparé deux groupes de 50 personnes diabétiques, les unes présentant des complications buccales, les autres n’en souffrant pas. dans le premier groupe, il y avait 34% patients atteints de périodontites, 24% présentant une candidiase buccale et 24% de personnes ayant perdu une ou plusieurs dents. Des ulcérations de la muqueuse buccale ont été trouvées chez 24% des personnes du premier groupe, une altération du goût chez 20% , une xérostomie (sécheresse de bouche) ou une hyposialie (production salivaire insuffisante) chez 14% et des caries dentaires chez 24% des patients. L’inventaire a également trouvé une sensation de brûlures buccales chez 10 des personnes qui avaient des complications buccales de leur diabète. La glycémie à jeun et la glycémie post-prandiale étaient significativement plus élevées chez les patients aux complications buccales que chez les autres. Des différences significatives ont également été retrouvées entre les deux groupes pour la neuropathie, la rétinopathie et les dyslipémies. Ceci suggère que le mécanisme des complications buccales du diabète pourrait bien être de types microvasculaire.

Bien se soigner

Peut-on faire quelque chose contre ces complications, en plus d’un traitement local classique des périondontites et d’un hygiène buccale rigoureuse? Serrano et al. (Colombie) ont, eux aussi, comparé deux groupes de personnes. Les unes étaient diabétiques comme dans l’étude précédente et les autres, appariés aux premiers pour leur âge, ne l’étaient pas. Les personnes diabétiques avaient pour la plupart un degré de contrôle de leur glycémie relativement bon ainsi que de leur hémoglobine glyquée, estiment les auteurs, bien que le taux moyen d’hémoglobine glyquée ait été de 7,94%. Le taux de périodontite chronique était comparable d’un des deux groupes à l’autre si on considérait les critères CAL : 22% d’atteintes dans un groupe comme dans l’autre. Mais les cas étaient nettement plus fréquents chez les diabétiques que chez les non-diabétiques (23,07% vs 5,12%) si on prenait comme critère l’inflammation du parodonte. Et dans ce cas, le degré de contrôle de la maladie métabolique était en relation avec les paramètres de la périodontite. Même si l’état des gencives des personnes diabétiques était globalement moins bon que celui des gencives des personnes en bonne santé, il y a là un argument pour suggérer que le contrôle du diabète fait reculer l’atteinte gingivale ou tout au moins protège quelque peu contre elle.

Convaincre nos patients

Cette notion est confirmée par une autre étude encore, mise sur pied par Demmer et al. (Allemagne). Ces chercheurs ont recherché les associations éventuelles entre le diabète de type 1 et le diabète de type 2 ou encore le niveau de contrôle de la maladie, d’une part, le statut périodontal à 5 ans d’autre part. ils ont montré que le niveau de contrôle de la maladie, mais pas la maladie elle-même, était prédictif de la perte de dents à cinq ans. Voilà une raison de plus de bien convaincre nos patients de soigner leur diabète de manière optimale.




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